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A l'origine des Anatopées - Arnaud Lesage
A l'origine des Anatopées

   

     Cette série a été initiée après plusieurs années passées à ne plus produire d’images, faute d’être capable d’émettre la moindre proposition sur ce que pourrait être une sorte d’« idéal photographique », un objet vierge au contact duquel la photographie ne se serait pas encore rompue.

 

 

     Un jour de 1996, en ré explorant la sélection chaotique de mes photos choisies, j’ai été frappé par la communauté graphique de deux images faites quelques années auparavant dans deux pays distincts, d’autant qu’elles étaient foncièrement  divergentes du reste de ma production passée.

 

 

       France, 1988

 

 

    Irlande, 1990

 

 

     Si ces lieux spécifiques, de par leur nudité, n’offrent que peu de prise à la photographie,  l’apparition d’une forme intelligible y dresse un repère providentiel. Cette forme est alors le prétexte pour représenter le paysage, qui, en retour, se constitue en décor. 

 
 

    A défaut de répondre à la déconcertante question : « que photographier ? », il était tentant de transformer cette apparente coïncidence en un programme, presque absurde, proposant de « faire la même image n’importe où dans le monde », d’autant qu’il me semblait que la répétition a priori accidentelle de ce modèle d’image avait au fond un sens, ne serait-ce que le présage qu’un jour je serai à  la recherche d’un sujet, et qu’alors émergerait celui-ci contre tous les autres, projeté du passé.

 
 

     Je me suis depuis attaché à reproduire cet archétype, ce modèle graphique très simple consistant en une forme verticale centrée, répétée dans tous les lieux possibles, en diversifiant au plus ses conditions d’apparition.

 

 

     Cette forme verticale, je le suppose avec le recul, me semble réaliser l’apparition –poussée dans l’abstraction- de la forme humaine. Le corps humain dans son absence ou dans son évanouissement. Peut-être est-il question de donner corps au paysage, à défaut de consentir à représenter un corps. 
Quoi qu’il en soit, le paysage s’est fait écran, sur lequel est à projeter une image mentale qu’il s’agit impérieusement  de parvenir à percevoir : ce que perçoit l’œil, c’est ce que l’esprit a décidé de voir.

 

 

     Il s’est rapidement avéré que les images ainsi obtenues trouvaient dans une juxtaposition verticale par quatre un équilibre plastique satisfaisant, réitérant dans leur ensemble la forme omniprésente, et proposant au regard une circulation comparative au nombre intéressant de possibilités combinatoires, résonances, décalages, et glissements.

 

  

     C’est après une dizaine d’années d’accumulation d’images de ce modèle, que la diversité est devenue suffisante pour que des séquences cohérentes puissent être constituées. De nombreuses images sont en attente de trouver leurs compléments, au sein d’une sorte de jeu, au nombre potentiellement illimité de cartes, et aux règles mouvantes. Une image n’est ni définitivement ni exclusivement affectée à une séquence. Ainsi, chaque ensemble est susceptible d’évoluer en fonction des nouvelles images réalisées.

 

 

     Alors que photographier ?

 

    Pas un sujet spécifique. De supposées ressemblances qui s’avèrent après-coup des différences… Une question posée sans répit à l’ailleurs, qui ne répond que par échos. Peut-être seulement l’objet ou le paysage saisi dans son devenir-signe ; l’apparition d’une forme, l’apparition d’un vide, auxquels je me repère.